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I ) Perspective historique
Compte tenu de sa complexité et de sa relative nouveauté,
il semble impossible d'évoquer quelque structure ou élément
constitutif du médium télévisuel sans évoquer
son histoire. Phénomène majeur du XXème
siècle, la télévision est en perpétuelle
évolution, se nourrissant de l'environnement politique, social,
économique, mais aussi culturel et artistique. Son seul dessein
est de s'adapter au monde, pour le servir ou le conquérir,
car telle est la condition de sa survie. La vision de son évolution,
des différentes stratégies envisagées, puis
de l'évolution de ses composantes permettra de mieux saisir
ses priorités et ses enjeux d'aujourd'hui, et de mieux saisir
la place qu'occupe l'habillage.
A) Historique général de la télévision 1
Dès son apparition en Europe, dans les années cinquante,
"l'étrange lucarne" suscita d'innombrables polémiques
dont les méandres et les conséquences façonnèrent
la télévision d'aujourd'hui. En effet, après
l'expérience américaine, les dirigeants politiques
européens comprirent vite que l'émergence de cette
nouvelle puissance de communication serait décisive, qu'il
faudrait la maîtriser, la dompter, la contrôler, mais
aussi lui donner un rôle, déterminer son rapport au
citoyen. Dès le début, la quête identitaire
de la télévision fut avérée. Elle passa
d'abord par un contrôle de son pouvoir.
Techniquement, le premier téléviseur opérationnel
date de 1935. Rapidement, l'invention de Barthélémy
se développe et conquiert le territoire américain.
Son apparition, effective en Europe n'a lieu qu'après la
seconde guerre mondiale, et a été en grande partie
planifiée par les mouvements résistants durant le
conflit. L'élite intellectuelle considère le petit
écran comme un formidable outil de démocratisation
culturelle. Désireux d'informer et d'instruire le citoyen
le pouvoir d'après-guerre bâtit une télévision
du peuple et du renouveau. L'importance de l'apport de l'image amuse,
stimule, mais inquiète, car subsiste en fond la crainte d'une
utilisation abusive et détournée, comme ce fut le
cas pour la radio durant la guerre. La télévision
devra donc être sous la tutelle - voire le contrôle
- de l'Etat. De surcroît, pour des raisons idéologiques,
les gouvernements européens des années cinquante,
à l'exception de l'Angleterre, rejettent le modèle
de télévision à l'américaine. En France,
l'Etat fera sienne cette nouvelle arme médiatique.
C'est ainsi qu'en 1946 naît la RTF2,
chaîne publique centralisée. Sa vocation est d'offrir
des programmes éducatifs et populaires. La télévision
se développe alors rapidement, et le succès est unanime.
Le public est conquis, par une sorte de dictature télévisuelle,
pensée unique qui ne demandera qu'à s'ouvrir.
Le 27 juin 1964, la RTF devient ORTF3.
Une deuxième chaîne apparaît, et la RTF acquiert
une personnalité juridique, mais l'établissement public
demeure placé sous l'autorité du ministère
de l'information.
« Au total, la diversité des goûts et
la pluralité des opinions n'ont guère plus de chances
d'être respectés que dans le programme unique, en dépit
de la multiplicité des programmes et, le cas échéant,
de la pluralité des entreprises. » 4
Cette étape, bien que symbolique, est primordiale, car en
plus de l'élargissement du choix, la télévision
publique entre dans une logique concurrentielle, où la "une"
et la "deux" peuvent et doivent se différencier,
chacune devant concerner une partie de la population. Il ne s'agit
pas encore d'une course au téléspectateur, mais d'une
proposition de choix offerte au peuple.
1968 est une année clef dans l'histoire de la télévision
française. C'est le moment de l'introduction de publicité
commerciale sur les réseaux, et, avec elle, la prise en compte
de la communication audiovisuelle à but lucratif. Idéologiquement,
cette apparition marque un changement de mentalité de la
part des dirigeants, mais aussi un changement de stratégie
pour les directeurs de chaîne : une source de financement
indépendante vient coloniser les pixels. Dans la logique
de la réforme de 1968, le gouvernement consent l'année
suivante à mettre en place les premiers éléments
d'une compétition entre les deux journaux télévisés.
En 1970, cette compétition est étendue à l'ensemble
des programmes nationaux de télévision.
Mais cela ne suffit pas. La télévision publique
à la française commence à s'user. Malgré
l'introduction d'une troisième chaîne en 1971, les
programmes sont jugés trop uniformes, et le téléspectateur
réclame plus de fraîcheur sur les antennes. Trois chaînes
existent, mais sans concurrence, l'innovation n'est pas suffisamment
stimulée.
L'introduction de décideurs privés semble désormais
inéluctable, et l'Etat en prend rapidement conscience. Ainsi,
dans un premier temps, les grands groupes de communication commencent
à se lancer dans la production audiovisuelle à corps
perdu, sans souci de rentabilité, dès l'abandon du
monopole de production du service public. Ceci vient apporter de
la nouveauté, un certain renouvellement - rajeunissement
diront certains - du personnel et des projets. La télévision
publique connaît donc une crise grave, qui ne peut que s'accentuer
avec l'arrivée de la télévision privée,
qu'elle décide de concurrencer plutôt que de jouer
la carte de l'exception culturelle. Le 7 août 1974, l'ORTF
est dissoute, et ses attributions sont réparties en sept
sociétés autonomes. Sur les écrans, apparaissent
trois sociétés distinctes : TF1, A2, et FR35.
Ces chaînes sont indépendantes et peuvent produire
leurs propres programmes. Une concurrence directe apparaît
dès lors entre les deux premières chaînes. Cet
épisode va déterminer fortement l'avenir de l'audiovisuel
français et remettre en question ses principales bases. De
nombreux acteurs de l'ex-ORTF disparaîtront des écrans,
tel Jean-Christophe Averty, qui affirme ceci :
« L'ORTF, bien que mammouthien et éléphantesque,
avait réussi à produire des épiphénomènes
qui étaient des phénomènes. Ce gros navire
pouvait flotter et subir des tempêtes, et de toute façon,
on pouvait s'accrocher au bastingage. Alors qu'il n'est pas prouvé
que les petits bateaux qui ont été ensuite lancés
puissent tenir la mer. Ils la tiennent mal en fait. »6
En 1982, la loi sur la liberté de la presse est étendue
à l'audiovisuel, et désormais :
« La communication audiovisuelle est libre. »7
Cela signifie que l'Etat reste propriétaire des réseaux
hertziens, mais que les chaînes privées peuvent désormais
se développer.
En 1984, le premier novembre, la première étape
est franchie. CANAL+ est inventée, chaîne totalement
privée, financée par un système d'abonnement.
La télévision est désormais un produit qu'il
faut vendre, paré de ses plus beaux atours. Son concept expérimental
doit servir de modèle à la télévision
du futur, dont les contours sont encore mal définis.
En 1985, sur le modèle de la télévision italienne
à grand spectacle, la Cinq apparaît. Puis c'est au
tour de TV6. En 1986, TF1 est privatisée, et M6 apparaît.
Le nouveau système de l'audiovisuel est alors mis en place,
avec sept chaînes en 1988 : TF1, CANAL+, La Cinq et M6
pour les privées, et A2, FR3 et La Sept pour les publiques.
Dès lors est constitué le "PAF"8,
avec son autorité (HACA et CNCA9,
dès 1982, CNCL10
en 1986, puis CSA11
en 1989), ses lois, et son indépendance relative, de plus
en plus marquée. Les nouveaux objectifs de la télévision
sont ceux d'une société libérale classique :
conquérir des clients, distribuer des produits, faire des
profits, investir.
« Le langage du marketing a envahi le monde de la télévision,
avec ses prêtres, les chargés d'études. Cette
multiplication des études a un double avantage : faire
de la télévision un objet comme un autre et donner
le sentiment qu'il est inutile de s'encombrer de grandes questions,
l'essentiel, comme pour toute activité économique,
étant que cela marche. »12
La Cinq fit les frais de cette nouvelle logique de la "télévision-business
", en déposant le bilan en 1991, et en cessant d'émettre.
L'année suivante, l'Etat décide de réorganiser
les priorités des chaînes publiques autour de deux
résolutions. La première est l'attribution du réseau
de La Cinq à Arte, chaîne franco-allemande, orientée
vers une optique culturelle européenne de la télévision,
en association avec La Sept. La deuxième est la création
de FRANCE TELEVISION, société des chaînes du
service public, englobant FRANCE2 (anciennement A2) et FRANCE3 (ex-FR3),
et FRANCE SUPERVISION (appelée A2 16/9ème
avant la réforme).
Aujourd'hui, les réseaux câblés et satellite
se développent, proposant des chaînes de plus en plus
spécialisées, en grand nombre. Le 27 avril 1996, CANALSATELLITE
est lancé en Europe. Le 17 décembre 1996, le grand
concurrent, TPS commence à émettre. Puis des câblo-opérateurs
apparaissent, dont NUMERICABLE, le 12 février 98, dans le
capital duquel CANAL+ prend de très large part. Cette nouvelle
logique, à savoir la diffusion de plusieurs programmes simultanés
et spécialisés dans un même faisceau a de quoi
inquiéter les chaînes généralistes, car
plus que jamais, le spectateur aura la possibilité d'opérer
le « final cut », à savoir le choix
du contenu de la grille. Les technologies de transmission réciproques
de l'information, via modem notamment, viennent d'apparaître.
L'avenir nous dira si elles profilent une nouvelle télévision
ou si ce n'est qu'une vaine tentative de sauvetage d'un médium
condamné.
B) La communication :
un nouvel outil de la télévision
Le souci de l'image, base d'une communication écranique
réussie, comme nous la connaissons aujourd'hui, ne semblait
pas faire partie des objectifs primordiaux des pionniers de la télévision.
Alors qu'outre atlantique les présentateurs soignaient à
l'extrême leur apparence, que les décors dans lesquels
ils évoluaient étaient grandioses et rutilants, bien
adaptés aux caméras, que les génériques
étaient attirants, même aguicheurs, en France, la télévision
s'apparentait souvent à de la radio filmée. La prise
en compte du public était totale, mais elle concernait plus
son éducation que son confort. La télévision
offrait une information et un contenu culturel bruts, ce qui demandait
un certain effort de la part du téléspectateur, effort
qu'il n'est pas toujours disposé à fournir. Un nouveau
regard sur le public apparaîtra avec l'essor des théories
de la communication, développées au cours de la deuxième
moitié du XX ème siècle, et rapidement
appliquées au petit écran.
Concernant le média télévisuel, les premiers
outils de communication furent offerts par la psychologie sociale.
Les théories et les observations de cette science furent
peu appliquées à la télévision, en raison
de la nouveauté du système. Notons toutefois l'importance
accordée à l'étude des phénomènes
de propagandes, via la presse et la radio en particulier, sujet
crucial en cette période. A la même période,
aux Etats-Unis d'Amérique, la question des effets
des programmes est soulevée, et posera les bases des futures
réflexions des chercheurs français.13
En Europe, et particulièrement en France, les observations
existent, mais sont dans un premier temps fournies par les acteurs
même de cette difficile entreprise qu'est le développement
d'un nouveau média. Les questions d'éthiques et de
rôle sont au centre des préoccupations. 14
Les années 60 voient l'essor de la puissance télévisuelle.
On ne parle plus de propagande, la guerre étant peu à
peu oubliée, mais de culture de masse. La sociologie s'intéresse
particulièrement à l'audiovisuel, consciente de son
importance désormais avérée dans la société.
Elle y découvre une machine politique15,
vecteur hypnotique de messages en tout genres. Jacques Ellul16,
Jean Cazeneuve17
et le chercheur canadien Marshall MacLuhan18
posent les bases des théories de la communication audiovisuelle.
On parle désormais de culture planétaire, et le sociologue
remarque l'inégalité des résistances devant
l'uniformité d'une culture. En France, en 1961, un essai
de grande importance est rédigé par le chercheur en
filmologie Gilbert Cohen-Séat, et le sociologue Pierre Fougeyrollas19.
Ils y affirment la rupture dans le cinéma et la télévision,
devenus tous deux vecteurs de « l'information visuelle »,
avec la communication verbale. Selon eux, dans ce nouveau média,
« l'abstrait n'a pas été séparé
du concret, ni le rationnel de l'irrationnel. ». Vers
le milieu des années 60 se met en place sous l'égide
du CECMAS20
un groupe de recherche pluridisciplinaire (sociologie, sémiologie,
linguistique). Un bilan, auquel ont participés Georges Friedmann,
Edgar Morin, et Roland Barthes notamment, sera publié dans
la revue Communications n°7 en 1966.
Les études et les constats effectués dans les années
60 portent leurs fruits en Europe, dans les années 70. Abraham
Moles21
s'intéresse à la transmission culturelle et Jean Cazeneuve
poursuit ses travaux sur la télévision22.
Elle devient l'instrument de la croissance économique, et
du changement social. Notons que la sociologie commence à
véritablement prendre place au sein de la télévision,
de l'autre côté du tube cathodique, en regard des spectateurs.
Les premiers éléments de mesure d'audience commencent
alors à ce développer23.
Mais la France considère encore la télévision
avec dédain, ne lui accordant aucun intérêt
culturel. Seules les disciplines axées sur les phénomènes
de signification se préoccupent du support.
« (...) ce n'est qu'à l'orée des années
80 que l'entrée dans une sémiologie de « deuxième
génération » et l'évidence de la
nécessité d'une réflexion plus structurée
sur les phénomènes de communication médiatique
favorisent la structure d'un champ d'investigation scientifique
visant à définir la télévision comme
un média singulier, doté de propriétés
sémiologiques et discursives non réductibles à
celle des autres médias. ».24
Les années 80 marquent une nouvelle période de crise
de l'audiovisuel. On accuse la télévision de distiller
une information politique orientée, de manquer d'indépendance.
Un déclin culturel est également constaté,
correspondant à la relative rupture de la tutelle de l'Etat,
et à l'aboutissement de l'ouverture des ondes aux opérateurs
privés. Les systèmes de calcul d'audience sont à
présent parfaitement opérationnels et considérés
comme fiables25.
La communication s'émancipe, et devient l'outil de la publicité,
de la politique, et des stratégies de programmation et de
développement des chaînes. Elle prend les rennes de
la vie télévisuelle, se nourrissant des observations
des chercheurs, et précipitant l'avènement de ce que
Regis Debray appelle "vidéosphère"26.
Vers 1985, la communication symbolise le progrès. Elle se
fait apologue d'une société transparente, résolument
tournée vers l'avenir, vouée au succès, ou
peut-être s'attelle-t-elle à dissimuler les réalités
du présent. En télévision, elle a solidement
arrimé ses fondations, et contrôle désormais
tous les programmes. Elle est l'enjeu suprême, détermine
les priorités, les stratégies, et choisit ses exécutants.
Les sociétés spécialisées sont légions
et les chargés d'études sont les maîtres des
ondes. La communication regroupe l'économie (concepts de
communication audiovisuelle appliqués à la vente,
publicité, marketing d'antenne,...), le droit (dans l'utilisation,
l'adaptation, la mise en place et la transgression des règles
juridiques), l'histoire (dans la mise en perspective et l'étude
des grands modèles), la sociologie (dont elle tire son essence),
la science politique (à titre d'exemple, Gilles Gallud, directeur
de Gédéon Communication, n'emploie que des anciens
étudiants en sciences politique...). La communication s'est
faite l'apôtre du triomphe de l'image sur l'écrit.
Son application à la télévision était
logique, s'est faite naturellement, sans problèmes d'adaptation.
Aujourd'hui, la communication n'est plus l'outil, mais le décideur.
Elle détermine, pour le spectateur, par le biais de l'écran
de télévision, un nouveau rapport à la réalité,
compressant le monde extérieur, le rendant attractif, et
l'immisçant dans nos demeures. « L'horizon au
carré » dont parle Paul Virilio27
est là, horizon de contact, de séduction ou l'information
n'est bien souvent qu'illusoire.
Que représente la communication ? Est-ce un art, comparable
à la rhétorique telle que la concevait Aristote, la
« recherche de tous les moyens possibles de persuasion. » ?
Ou est-elle une science, une recherche de techniques précises
et infaillibles ? En définitive, la seule réponse
envisageable est que la multiplicité des paramètres
fait de l'émetteur comme du récepteur un territoire
sans limites, sur lequel il serait possible de déterminer
des règles.
C) Historique
de l'habillage
L'apparition de l'habillage tel que nous le voyons aujourd'hui
sur nos antennes fut rapide. Elle demanda, lorsque cette nouvelle
logique de communication fut établie, quelques mois pour
se développer. Cependant, le concept fondateur fut imaginé bien
auparavant. Ce n'est pas une botte secrète imaginée
par quelque stratège du petit écran au détour
d'une réunion, issue de nulle part, et pourtant révolutionnant
le rapport avec le téléspectateur. Il est le fruit
d'une évolution, de différentes, et empiriques expériences
sur le travail de l'image de marque, le contact avec le public.
Il est le fils des premiers essais d'annonce des chaînes.
Ainsi peut-on déterminer trois grandes périodes dans
l'histoire de l'habillage. D'abord, une préhistoire,
où les prémices se développent, sous différentes
étiquettes, et à différentes fins. Une naissance,
ensuite, laps de temps presque insaisissable mais caractéristique
de l'effervescence d'une époque. Un développement,
enfin, qui mêle expérimentations, prises de conscience,
études, sur un outil désormais finalisé.
1) Préhistoire : à la recherche d'une relation
d'intimité via tube cathodique
En même temps qu'apparaissent les prémices d'une science
de la communication, plus conceptualisée, du moins mieux
adaptée au contact hertzien, de nombreuses solutions furent
imaginées pour réchauffer ce média froid qu'est
la télévision. Aspect du décor, choix de l'animateur,
sélection des invités et bien d'autres aspects de
la programmation furent pris en compte dès le début
des années 60. Certains de ces aspects constituent, dans
leur démarche, les premières ébauches de l'habillage.
Ce sont tous des programmes secondaires, de courte durée,
se plaçant entre les émissions suivies, propres à
la chaîne. Nous les appellerons "programmes interstitiels".
Ils étaient alors gérés de manière indépendante,
par des acteurs différents, et ne constituaient pas l'ensemble
cohérent qui caractérise l'habillage d'aujourd'hui.
a) L'aire du carton
Dès l'aube de la télévision, la nécessité
de l'annonce est incontournable. D'abord, le générique,
héritage du cinéma, élément logique
est apparu. Il vient avertir le spectateur des limites temporelles
de l'émission, de son identité, et de ses artisans.
Sa tâche est double : informatif, il sert également
d'indexation des programmes. Avec sa musique caractéristique,
il pourrait être comparé au son de cloche à
l'heure du rendez-vous. Pourtant, d'un point de vue visuel, le système
laisse à cette époque quelque peu à désirer.
Les premiers techniciens imaginent une méthode simple et
économique pour le réaliser : ils filment des
planches dessinées, appelées "cartons".
Parfois même, une main venait effeuiller l'étrange
dispositif, à l'antenne.
Le rôle communicatif du "carton" est déjà
une ébauche de promotion. Il est le support d'une communication
d'antenne primitive, mais suffisante. A lui seul, il synthétise
les informations nécessaires à la glorification du
petit écran. Logo, remerciements, noms des invités,
identité des présentateurs, il est un drapeau indicatif,
l'oriflamme de l'omniprésence de la télévision
dans les foyers.
Il évoluera vers la fin des années cinquante vers
le générique filmé, qui sera diffusé
indépendamment ou superposé, pour les directs notamment,
à des scènes filmées.
b) L'interlude : kit de secours ou rustines télévisuelles
La télévision, par définition, est incompatible
avec l'absence de programmes. Le flot des émissions crée
un espace temporel solidaire, qui ne supporte pas le "trou".
Or, l'interruption momentanée, soit-elle due à des
problèmes techniques ou à d'autres incidents impondérables,
était fréquente à l'heure des pionniers. Cet
accroc dans la maille télévisuelle provoque chez le
spectateur une frustration, d'importance variable, mais qu'il convient
d'atténuer. Il faut l'informer de l'origine de la panne,
afin qu'il ne soupçonne pas une disfonction de son propre
récepteur. Il faut également le rassurer : il
n'est pas seule victime de la panne, il ne loupera rien de ce qui
s'est passé durant l'absence de signal.
Au départ, lorsque l'outil n'était pas encore pleinement
rôdé, un simple "carton" comportant un mot
d'excuse pouvait suffire. Mais lorsque la télévision
devient l'un des éléments centraux du foyer, aucune
interruption n'est supportable. C'est ainsi que furent imaginées
de courtes séquences animées, ludiques le plus souvent,
susceptibles d'occuper le téléspectateur alors que
les techniciens s'échinaient à résoudre la
défaillance.
Autre fonction de l'interlude : venir combler un espace libre
entre les émissions. En effet, il est parfois impossible
d'organiser une grille de diffusion de manière à ce
que les durées des émissions s'imbriquent parfaitement.
La fonction de l'interlude est alors de permettre un ajustement.
L'interlude caractérise la naissance d'un lien de service,
voire de servilité, de la télévision au spectateur.
La télévision est un droit, émettre, un devoir.
Tout manquement à cette règle est intolérable
car il érode le lien du média à son récepteur.
L'interlude dédramatise cette rupture. Il est un élément
sans durée précise, sans surprise, plat. Sa structure
est la plus répétitive possible de manière
à faire perdre toute notion de temps. Il représente
une stagnation, un flottement du « temps interne de la
télévision »28.
Il est le raccord dans la grille de programme si précisément
étalonnée et rythmée.
En cela, l'interlude fait partie de l'habillage. D'un point de
vue formel, d'abord, il n'est pas un programme en tant que tel,
et vient s'insérer dans des espaces laissés vacants.
Il n'est pas un rendez-vous avec le téléspectateur,
ne focalise pas l'intérêt. Dans sa construction, il
doit indiquer l'identité de la chaîne, tout en restant
neutre. Du point de vue de l'effet, ensuite, il crée un espace
supplémentaire de convivialité, représentant
souriant des plus plates excuses. Sa fonction est donc fortement
signalétique. C'est aussi, lorsqu'il vient ajuster les grilles,
un bonus supplémentaire offert au téléspectateur,
au détour des balises des grands rendez-vous, un espace de
jeu ouvert sur le terrain cathodique.
L'interlude est le visiteur de l'imprévu, sympathique et
joyeux mais rarement regretté. Il est aujourd'hui tombé
en désuétude, remplacé par des programmes courts
et la publicité pour l'ajustement ou des images gelées29
en cas de panne.
c) Les génériques de publicité
Nous l'avons vu, c'est en 1968 qu'apparaît la publicité
commerciale sur la télévision française. Cette
apparition, souvent contestée, est le signe d'une grande
révolution des mentalités et l'illustration d'un certain
désir de changement. La télévision se reconnaît
désormais comme puissant média, et reconnaît
dans un même élan son coût, l'existence de l'un
de ses moteurs : l'argent. Que l'on considère cette
introduction comme la victoire de la logique capitaliste sur la
télévision d'Etat, ou comme un abandon de l'idéal
d'indépendance de la télévision publique, le
problème de l'insertion de la publicité dans les programmes
se pose.
Le dilemme des programmateurs d'alors est grand. Il fallait en
effet insérer dans un flot continu, de courtes séquences
indépendantes, au risque de former une masse incohérente
entre les programmes les plus regardés. Afin d'éviter
une trop forte "pollution", un regroupement fut envisagé.
Puis, afin de mieux délimiter le temps octroyé à
la promotion, un générique fut mis en place.
Et l'habillage fut. La création du générique
est une première étape d'importance : c'est le
moment d'une rupture, d'un changement d'attention dans la grille
des programmes. Par cet artifice est inséré un élément
étranger. Ne dit-on pas une "page de publicité" ?
C'est un élément indépendant, une contribution
obligée, mais qui n'appartient pas véritablement à
la chaîne. Les génériques ne marquent pas seulement
le début et la fin de l'espace d ‘annonce, ils
marquent également l'interruption et le retour du programme
qui les accueille. C'est un encart flottant dans la mise en page
télévisuelle.
d) La speakerine
C'est en 1950 que la première speakerine de la télévision
française, Jacqueline Joubert, a commencé à
œuvrer. Elle fut la première d'une longue série
de "femmes-tronc", jouant le rôle d'intermédiaire
entre l'invisible derrière le décor et le téléspectateur.
Généralement, leurs interventions consistaient à
présenter les programmes à venir, puis l'aperçu
de la grille du lendemain ou des jours suivants. Elles émettaient
également des rectificatifs et informaient le public en cas
de panne ou d'imprévu. Ce sont les ambassadrices des décideurs.
Les critères de sélection des speakerines sont draconiens.
Elle doit être plaisante à regarder, sereine, distinguée,
en bref, ce doit être l'image de la femme française
idéale, sorte de Marianne cathodique. Elle doit aussi avoir
une diction claire, une voix agréable, et être capable
d'improviser. En définitive, cette tâche très
difficile d'hôtesse ne peut être confiée à
n'importe qui : la personne choisie incarnera l'esprit de la
chaîne.
Que dire de l'intervention de la speakerine ? Le spectateur
se retrouve devant une femme dont les critères physiques
correspondent à l'idéal, dans une petite boite feutrée.
Elle s'exprime calmement, vantant avec conviction la qualité
des programmes à venir. Il n'y a pas d'intermédiaire.
Elle s'adresse au peuple « les yeux dans les yeux »,
selon la formule d'Eliseo Veron30.
C'est un moment de convivialité, de connivence, un rapport
presque humain entre le peuple et une "étrange interlocutrice"
qu'il connaît bien car la popularité de la speakerine
dépasse bien souvent le cadre de la télévision.
Aujourd'hui, les speakerines ont déserté les antennes.
En proposant des bandes-annonces et des sommaires divers, l'habillage
les a remplacés. Cependant, les priorités de cette
autre technique de communication télévisuelle restent
assez semblables. Les impératifs d'information et de clarté
sont conservés. Il en va de même pour la neutralité,
et l'aspect représentatif de la chaîne que les réalisateurs
s'efforcent de respecter. La recherche d'une efficacité comparable
se fait en remplaçant le charisme de la personne par une
sorte de "séduction graphique". De plus, la voix
reste présente. Elle est dorénavant plus jouée,
plus expressive, plus agressive.
Mais la convivialité demeure plus difficile à établir
dans les programmes interstitiels d'aujourd'hui, images d'un médium
froid, lavé de toute chaleur humaine. Si bien qu'afin de
combler cette lacune d'humanité, certaines chaînes
rajoutent des personnages au sein de leur habillage -Paris Première,
Comédie, Canal+,...-. Les speakerines n'ont donc pas dit
leur dernier mot...
e) Entrées et sorties d'antenne
La création des génériques d'ouverture et
de fermeture d'antenne est une étape de grande importance
dans la gestation de l'habillage. Ces génériques,
à l'instar de ceux des écrans publicitaires, déterminent
un espace temporel clos. Il s séparent l'existence du programme
du néant télévisuel : la neige ou la mire.
Ils viennent finir un ensemble, déterminer un cadre propre
à la chaîne. C'est un élément d'annonce
fort, qui doit servir d'introduction et donner en quelques plans
la personnalité de la chaîne.
Les premiers génériques d'entrée d'antenne
sont apparus en 1975, un an après la dissolution de l'ORTF
et la création de trois chaînes indépendantes
et autonomes. C'est donc dans un contexte de concurrence que leur
nécessité est apparue capitale. Toutefois, il ne s'agit
pas véritablement d'une priorité de communication.
Ce n'est qu'un plus, une option imaginée. La réalisation
était confiée à une seule personne : nous
sommes encore bien loin des équipes de spécialistes
chevronnés d'aujourd'hui. Catherine Chaillet, graphiste qui
fut responsable des illustrations sur TF1 de 1975 à1981,
et qui créa, entre autres, le générique d'ouverture
d'antenne de la "une", s'explique :
« Il fallait que la chaîne s'annonce : la
concurrence commençait à peine à s'ouvrir.
Il fallait qu'elle soit elle, qu'on sache la reconnaître et
qu'on y reste. Donc, il fallait appeler, capter, captiver. »31
Cependant, elle insiste sur l'aspect artisanal :
« Le logo a été fait entre une machine
à laver et un plat de nouille au gratin, chez moi, avec les
enfants. »32
Ce générique restera dans les mémoires pour
son efficacité visuelle. Il affiche un logo imposant, et
lui octroie une image de puissance et de dynamisme très réussie.
Parallèlement, Antenne 2, met en place un dispositif identique.
Elle désire affirmer sa personnalité, insérer
un programme court illustrant au mieux le logo de la chaîne.
Elle en confie la réalisation Folon33,
qui propose un film mélancolique, chargé en éléments
graphiques, poétique et complexe en terme de sens. C'est
une approche plus culturelle, une vision plus conceptuelle de l'habillage,
qui préfigure un nouvel aspect de ce qu'il est aujourd'hui :
un espace vierge destiné à la création (La
Sept, Arte, ...).
Les ouvertures et les fermetures d'antenne constituent la dernière
étape de la préhistoire de l'habillage. La prise de
conscience de la nécessité d'une conception plus avancée
ira croissante jusqu'à l'arrivé de CANAL+. En 1984,
qui sonnera le glas d'un certain type de communication télévisuelle.
f) Le logotype
Bien que dépassant le simple cadre de l'habillage télévisuel,
le logotype demeure un élément incontournable de la
panoplie d'une chaîne. Il est la signature qui vient s'apposer
dans les génériques, qui authentifie les émissions,
qui rend reconnaissable le matériel sur le terrain, le personnel,
le courrier,...
« Le logotype est le nom d'une industrie, d'un commerce,
d'un produit, d'une marque, dont le graphisme s'inscrit aisément
dans la mémoire, permettant ainsi de mieux en fixer le souvenir. »34
On détermine généralement trois facteurs
de création du logotype : l'originalité, l'expressivité
associée au produit, le pouvoir de fixation du souvenir.
Les logos des chaînes n'ont pas leur spécificité
propre. Cependant, leur importance est capitale. Le logo est très
souvent présent dans les programmes, il est le label que
la chaîne appose sur ses émissions. Présents
à l'origine uniquement pour informer, leur place est de plus
en plus prégnante, si bien qu'aujourd'hui, leur valeur promotionnelle
semble avoir pris le dessus. Il finira par prendre place sur le
sacro-saint territoire de l'image, qu'il marque au fer rouge dans
les angles, sous forme de "DSK".35
2) Naissance de l'habillage
La fin des années 70 et le début des années
80 ont été le cadre d'une révolution médiatique
comparable, selon certains, à l'introduction d'un nouveau
média. Le passage de la "paléo-télévision"
à la "néo-télévision"36,
terme désormais vulgarisé de Eco, s ‘est
déroulé en deux étapes. Nous l'avons vu, l'éclatement
de l'ORTF va marquer un grand changement dans les stratégies
de communication. Cela correspond à l'apparition des premiers
éléments d'habillage sur TF1 et ANTENNE 2, qui, après
le "schisme", doivent prouver de quoi elles sont capables.
S'engage alors une lutte fratricide, une rivalité stérile
entre deux chaînes qui essayent d'affirmer leur personnalité.
Les petits interludes, et autres images interstitielles produits
ne sont que des outils de cette guerre, des armes assez inefficaces
car encore négligées... Ainsi, techniquement, l'habillage
serait né en 1975. Mais la véritable révolution,
l'introduction du graphisme d'antenne dans les grilles sera issue
d'une libéralisation plus poussée, devenue inévitable
selon certains. C'est l'année 1984, avec l'introduction de
CANAL+ qui marquera ce changement d'optique.
« A l'époque, tout était à inventer.
Nous lancions une nouvelle chaîne qui devait être tout
de suit repérée. Pierre Lescure voulait un logo et
puis des petits génériques pour lancer les différentes
séquences ? Je lui ai dit que j'allais plutôt
lui faire une garde-robe complète où il pourrait piocher
à son gré car chaque pantalon irait avec chaque veston.
Quelques temps après, dans un couloir, il me demande :
« Il en est où, mon truc, là... mon habillage ? »
Il avait inventé le mot. »37
Etienne Robial résume ici les conditions d'apparition de
l'habillage. Anecdotique pourrions-nous dire. Nous serions dans
l'erreur. Tout d'abord, le terme est resté, ce qui confère
une certaine personnalité à l'objet qu'il désigne.
Il est de surcroît employé dans toutes les langues,
ce qui prouve l'importance de la trouvaille. Mais ce qui importe
par-dessus tout, c'est ce qui se cache sous cette apparente simplicité :
la volonté de définir une nouvelle télévision.
CANAL+ est arrivée sur les antennes avec la volonté
de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière cathodique
française. Le concept de la chaîne, en lui-même,
était exceptionnel pour l'Europe. D'abord parce qu'il s'agissait
d'une chaîne cryptée, et ensuite parce que CANAL+ était
une chaîne privée. Il fallait donc, pour qu'elle puisse
subsister, attirer par tous les moyens possibles des téléspectateurs,
devenus par définition clients. Tout était nouveau
dans la chaîne, du ton à la programmation. Il fallait
réaliser un ensemble cohérent, au contenu riche -dans
tous les sens du terme-. La seule publicité à faire,
hors des zones "en clair", était celle de la chaîne.
De plus, il s'agissait de donner une unité de ton. La chaîne
est devenue magasin spécialisé : c'est la télévision
par excellence de la classe moyenne, affichant au menu foot, cinéma
et émissions populaires. Dans ce cas, la notion de programmation
est totalement modifiée : on ne vient plus voir une
émission sur une chaîne, mais une chaîne qui
propose des émissions. Pierre Lescure, directeur d'antenne
sous la présidence d'André Rousselet, désire
tout reconsidérer, sur le modèle des premières
télévisions à péage américaines.
Il pense que « L'écrin compte tout autant que
le diamant. ». Il confie alors à une équipe
de spécialistes la réalisation de l'habillage :
Etienne Robial, un graphiste confirmé issu de l'édition,
et Mathias Ledoux, un jeune réalisateur, ami du premier.
Dans le sillage de CANAL+, les autres chaînes vont reconsidérer
leur philosophie. Mais tout ne se fera pas aussi vite... La télévision
publique traverse alors une crise grave, liée à son
statut. La recherche d'une identité propre passera par la
démarcation entre les deux premières chaînes,
qui se soldera finalement par la privatisation de TF1 en 1986. L'habillage
s ‘est alors pleinement développé, dans
une logique promotionnelle pure, les dirigeants ayant suivi le modèle
de la "grande sœur" cryptée. Notons qu'entre
temps, en 1985, La Cinq confie la réalisation de son habillage
à Jean-Paul Goude, grand réalisateur de films publicitaires
français, dans une optique de jeunesse, et de popularité,
sur le modèle italien -chaînes RAI 1 et 2 appartenant
à Silvio Berlusconi, homme d'affaire et politicien aux pratiques
souvent contestées-.
Puis les chaînes du service public suivent logiquement cette
marche à suivre. C'est à partir de ce moment que l'habillage
devient un élément central de l'entreprise télévisuelle.
Toutes les créations de faisceaux qui suivront ensuite feront
de la quête d'identité le point central de leurs préoccupations.
3) Le développement :
L'habillage, depuis le milieu des années 80, a subi une
évolution notable. Sa définition ne cesse d'évoluer,
et son importance est de plus en plus grande. Progressivement, aux
yeux des directeurs d'antenne, il est devenu, au même titre
que la programmation, l'élément central de la communication
d'entreprise. L'emballage prend presque autant d'importance que
le contenu, et cela est logique : il est plus simple pour instaurer
un changement d'image, de modifier quelques séquences éparses
entre les programmes, pour un budget limité, que de faire
évoluer la globalité de la grille en modifiant les
contrats de production.
L'art d'habiller est devenu une affaire d'experts. Avant, chaque
chaîne possédait sa propre cellule de conception graphique,
où s'effectuaient les quelques recherches nécessaires
à la réalisation d'un habillage. Chaque réalisation
était l'occasion d'une certaine expression artistique, propre
au créateur. Aujourd'hui, les entreprises spécialisées
florissent. Après ON/OFF, la société d'Etienne
Robial et Mathias Ledoux, Gédéon, créée
en 1985 fut la première entreprise de production et de communication
à proposer ce genre de service. Le principe est simple :
le directeur d'antenne fait appel à l'entreprise, et l'entreprise
livre une étude, ainsi qu'une collection de génériques
et de gabarits à adapter. Une grande expertise semble requise
pour une telle réalisation. Un nouveau métier voit
le jour : c'est le triomphe du marketing d'antenne.
L'habillage s'est également étendu sur la grille
télévisuelle. Quel que soit l'interstice, et même
pendant l'émission, la chaîne doit rappeler au spectateur
qu'elle est son hôte. L'identité doit être présente
partout. C'est ainsi que TF1 la première lance l'incrustation
de logo. Désormais, le logo est toujours présent sous
l'œil du téléspectateur, entêtant et hypnotique,
pénétrant chaque jour un peu plus son esprit. Cette
méthode, très décriée, est justifiée
par les chaînes, qui affirment vouloir ainsi se protéger
de tout acte de piratage, en signant leurs images. Est-ce bien là
une justification ? N'y a-t-il point d'autres arrières
pensés ? Il semblerait que ce soit le cas, et certains
réagissent vivement à cette dérive communicative,
tel Claude Chabrol, cinéaste :
« Le logo ? C'est insupportable et scandaleux. Pour
éviter qu'on fasse des copies pirates ? Eux-mêmes
sont des pirates ! »38
L'habillage d'antenne est une loi instaurée et incontournable.
Elle est le reflet des politiques de chaîne, et souvent des
directeurs d'antenne. Chaque directeur veut imposer sa touche, et
l'habillage est souvent le témoin de leurs valses... La recherche
de l'efficacité graphique comme remède au mal qui
ronge l'audimat, à savoir le "zapping", devient
semble-t-il de plus en plus obsessionnelle. Son importance est incontournable,
mais est-il le seul remède aux crises du petit écran ?
1
Voir le documentaire vidéo très complet de Maurice
Dugowson « Télévision (Histoires secrètes) »
en 4 parties, datant de 1996, disponible dans la collection FRANCE3
Les dossiers de l'histoire.
2
RTF : Radiodiffusion Télévision Française.
3
ORTF : Office de Radiodiffusion Télévision
Française.
4
Francis Balle, « Médias et sociétés »,
1994, Montchrestien, page 395.
5
TF1 : Télévision Française 1 ;
A2 : Antenne 2 ; FR3 : France Régions 3.
6
Jean-Christophe Averty, cité par Jacques Siclier « Un
homme Averty », 1976.
7
Extrait du premier alinéa de l'article premier de la
loi du 29 juillet 1982.
8
PAF : Paysage Audiovisuel Français.
9
HACA : Haute autorité de la Communication Audiovisuelle ;
CNCA : Conseil National de la Communication Audiovisuelle.
Institutions issues de la loi du 29 juillet 1989, et ayant pour
vocation d'arbitrer l'ensemble du système audiovisuel français.
10
CNCL : Conseil National de la Communication et des Libertés.
Vient remplacer la Haute Autorité, avec en plus une indépendance
accordée, destinée à assurer l'indépendance
des chaînes de télévision face à l'Etat,
ou à tout autre organe politique.
11
CSA : Conseil Supérieur de l'Audiovisuel.
12
Dominique Wolton, « Eloge du grand public. Une théorie
critique de la télévision. »,1993,
Champs, page 33.
13
Paul Lazarsfeld, Carl Hovland et Harold Lasswell mettent en place
l'approche empirico-fonctionnaliste, utilisée dans l'étude
du nouveau média, dès l'après-guerre.
14
Jean Thévenot, un professionnel de la télévision,
est le plus illustre de ces chercheurs, et signe le premier essai
français sur la télévision en 1946.
15
Le fait le plus marquant sera aux Etats-Unis d'Amérique,
l'élection de John Fitzgerald Kennedy, grâce à
la télévision.
16
« Propagandes », publié en
1962.
17
« Sociologie de la radio-télévision »,
publié en 1963.
18
« Pour comprendre les médias »,
publié en 1964.
19
Gilbert Cohen-Séat et Pierre Fougeyrollas, « L'action
sur l'homme : Cinéma et Télévision. »,
1961, Denoël.
20
CECMAS : Centre d'Etudes sur la Communication de Masse.
21
« Sociodynamique de la culture »,
publié en 1971.
22
« Les pouvoirs de la télévision »,
publié en 1970.
« La société de l'ubiquité »,
publié en 1972.
« L'homme téléspectateur »,
publié en 1974.
23
La première méthode est l'interrogation par téléphone,
jugée non équitable et peu fiable. Puis est apparu
le système du carnet d'écoute.
24
Guy Lochard et Jean-Claude Soulages, « La communication
télévisuelle », 1998, Armand Colin.
25
En 1981 apparaît l'audiométrie à bouton poussoir,
puis le système Audimat. Médiamétrie met
en place en 1989 le système Médiamat, basée
sur l'interrogation d'un panel, les informations étant
collectées automatiquement quotidiennement.
26
Regis Debray, « Cour de médiologie générale »,
NRF, 1991, Gallimard.
27
Paul Virilio, « L'écran du désert,
chronique de guerre », 1991, Galilée.
28
Formule de Jean-Louis Missika et Dominique Wolton : « La
folle du logis : la télévision dans les
sociétés démocratiques. »,
1983, Gallimard, page 177.
29
La plupart des chaînes sont dotées d'un système
de détection automatique qui, en cas de panne, diffuse
en boucle la dernière image valide, et commute sur l'image
d'un logo par exemple, au bout d'un laps de temps défini.
30
Article d'Eliseo Veron, « Il est là, il me
voit, il me parle. », in Communication n°38,
1985, pages 98 à 120.
31
Catherine Chaillet, emission « TV+ »,
Canal+, 1998.
33
Jean-Michel Folon, artiste belge, dessinateur peintre et sculpteur
né à Bruxelles en 1934.
34
José M. Parramon, « Comment dessiner lettres
et logotypes. », 1991, Bordas.
35
DSK : down-stream-keyer, littéralement "incrustation
aval". C'est la mise en place d'une image après tout
traitement du signal, juste avant l'émission, au-dessus
de toutes les autres (horloge, logo,...).
36
Umberto Eco, « La guerre du faux »,
Grasset, 1985.
37
Etienne Robial, cité par Dorothée Tromparent « Chacune
cherche sa griffe. », in Télérama
n°2503, daté du 31 décembre 1997.
38
Claude Chabrol, dans l'émission « Les alphabets
de l'image. », du 14 décembre 1994, sur
"La Cinquième".
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