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II) Définition
de l'habillage
A) Définition première
D'une manière synthétique, nous pourrions dire que
l'habillage d'antenne est la mise en place d'une conception graphique
unifiée, à visée informative et promotionnelle,
appliquée à des séquences propres à
une chaîne et n'appartenant pas à des programmes phares.
Ses applications sont nombreuses et éclectiques, toutes
situées dans la catégorie des programmes interstitiels.
Il regroupe les interludes, les génériques de publicité,
les génériques d'ouverture et de fermeture d'antenne,
les bandes-annonces, les pages auto-promotionnelles. Certaines typologies
incluent dans la définition les génériques
des émissions propres à chaque chaînes telles
que journal télévisé, émissions auto-produites
ou encore émissions phares. Nous nous efforcerons dans cette
étude de ne considérer que l'habillage interstitiel,
envisagé comme indépendant de toute émission,
et dont chaque partie est solidaire du tout.
1) L'habillage : acte de communication ou acte de création ?
Comme l'ensemble des disciplines découlant des arts appliqués,
les techniques du graphismes, de l'infographie, ou encore de l'audiovisuel
bénéficient d'un statut ambiguë. Il en va logiquement
de même pour l'habillage. Sa réalisation découle-t-elle
de l'expérience artistique, ou de l'application de techniques
scientifiques ? Françoise Holtz-Bonneau, spécialiste
des questions de l'infographie et de l'habillage en particulier
voit en l'habillage :
« (...) un mode exemplaire de croisement entre la communication
et la création. »39.
Il est important de saisir les priorités et les implications
d'une telle réalisation. Cela permet de mieux comprendre
les éléments initiateurs des réalisations,
les priorités et les parcours des créateurs, et les
lois déterminant l'efficacité du produit final
Dans une approche communicationnelle, envisageons deux profils
de l'habillage. Dans un premier temps, notons que l'acte fondateur
de toute communication est l'échange d'informations. La bande-annonce,
le générique de publicité, offrent des éléments
de lieu de date, qui permettent d'informer le téléspectateur.
En cela s'illustre ce que nous pourrions appeler le contenu signalétique
de l'habillage. Il permet au téléspectateur de se
diriger dans la grille des programmes, d'identifier sa position
et de choisir sa destination. Le contenu signalétique est
la raison première de l'existence de ce balisage télévisuel.
Par la régulation du flot télévisuel qu'il
opère, le contenu signalétique temporel tisse des
liens avals dans la programmation, avec des échéances
variables : de l'imminence pour le "coming -next"
au rendez-vous éloigné pour les bandes annonces générales.
Le contenu signalétique locatif nomme les paysages audiovisuels.
Logos, graphismes caractéristiques, musiques spécifiques
annoncent les étapes du flot général. Les composantes
signalétiques de l'habillage proposent donc une indexation
verticale, le lieu, en fonction d'une indexation horizontale :
le temps. La corrélation de ces deux éléments
permet au spectateurs de déterminer sa position dans un plan,
celui de la chaîne. L'espace télévisuel est
défini par l'ensemble des ces plans. Offrir un territoire
clair et balisé permet de guider le spectateur.
Mais cela ne suffit pas : il convient de donner de l'intérêt
à sa visite. Le rôle promotionnel de l'habillage est
le deuxième profil communicationnel. Il est actuellement
le point central des préoccupations, celui qui peut permettre
de se prémunir du mal des chaînes : le zapping.
A la fois carte de visite et façade, sa présence est
une publicité discrète, presque invisible, mais toujours
présente. Cette nouvelle caractéristique de la télévision
commerciale s'exerce sous deux modes : une promotion globale,
et une promotion ciblée. La première concerne l'ensemble
de la chaîne. Il s'agit alors de venter les mérites
d'un tout cohérent, totalement unifié, l'identité,
la marque de la chaîne, sa personne40.
Ceci s'exprime au travers de la charte graphique, qui détermine
les règles visuelles communes à tous les éléments
d'habillage. Sur le plan idéologique, elle se nourrit d'un
esprit de chaîne qui rassemble ses idéaux, ses prises
de positions, ses priorités de programmation, et le ton commun
de ses émissions. La promotion ciblée vise chaque
programme pris individuellement. Sa position délicate l'oblige
à cerner la spécificité d'un produit par rapport
aux autres, sans toutefois s'éloigner d'une communication
globale. Chaque élément d'annonce, unique, sera une
déclinaison de l'identité corporate. Ces vidéogrammes
soulignent une partie de la grille, opèrent un grossissement
sur une fraction du flot de la chaîne.
Ainsi, le contenu communicationnel met en jeu un ensemble de principes
et de disciplines strict. Tout de la rédaction à l'impact
visuel doit être pesé, calibré pour une efficacité
optimale. Cette conception fermée laisse toutefois une marge
de liberté au créateur, autorisant une approche créative
du design des programmes interstitiels.
L'acte de création s'exerce d'une manière instinctive.
Insaisissable, il résume l'ensemble des implications personnelles
du graphiste. L'habillage est un territoire ouvert à la création.
Mais des limites sont naturellement imposées par les impératifs
publicitaires. La création sous-entend une certaine idée
d'expérimentation, ce qui peut aller à l'encontre
de la sécurité requise dans les domaines de la communication.
Pourtant, comment affirmer la singularité d'un programme
en usant de poncifs et de structures rodées ? Cela paraît
impossible car l'habillage se nourrit aussi de nouveauté.
Par nature, le « croisement » dont parle Françoise
Holtz-Bonneau s'opère. Cependant, il s'effectue de manière
complexe et variable selon les chaînes. Certaines chaînes,
axant leur singularité sur leur spécificité
propre, seront par essence plus fermées à tout dispositif
artistique. A contrario, d'autres chaînes soumettront plus
facilement la réalisation de leurs environnement graphique
à des créateurs innovant, soient-ils plasticiens,
scénographes, graphistes, chorégraphes, vidéastes,
ou autre, car telle est leur vocation. L'acte créatif n'est-il
pas alors assimilable à un effort de communication ?
Introduire l'expression artistique dans un mass-média offre
de surcroît un intérêt éthique non négligeable.
L'habillage peut devenir un formidable outil de vulgarisation. Simple,
lapidaire mais épisodique, il permet, si la chaîne
en fait l'effort, d'offrir un aperçu des tendance et des
terrains d'expression du moment. Les plages interstitielles ne sont
évidemment pas des musée. Mais elles peuvent devenir
des galeries médiatiques au détour desquelles l'art
peu se dévoiler, un espace connivence tendant à l'acculturation
d'un large public.
Dès lors, une nouvelle question est soulevée :
l'habillage doit-il mettre en application des théories établies,
être le reflet d'une actualité de la recherche graphique,
ou encore être un laboratoire innovant ? Considérant
les interconnections précédemment relevées,
la question de la prise de risque prédomine. Mais envisagé
comme un moyen d'expression artistique, ce programme peut être
le cadre d'une nouvelle approche du public, d'un questionnement
à grande échelle voire la détermination d'un
lieu commun du public et de l'artiste.
L'habillage offre un visage double et changeant. Il est ouvert
à la création, mais dans le cadre de considérations
promotionnelles. Il n'y a pas fondamentalement de rencontre entre
ces deux disciplines, mais hiérarchisation. Sans y voir un
art censuré, ou conditionné, considérons que
le concepteur se voit légué un espace réduit
mais avide de créativité.
2) Analogie : L'architecture de la télévision
L'habillage quadrille, découpe, délimite, agence.
Considérant ces fonctions, il devient l'édifice, le
lieu d'exposition des émissions. Il est l'architecture de
la chaîne, offre des murs à la grille, des salles aux
émissions, organisées, balisées et closes.
L'habillage corporate est en quelque sorte une façade qui
montre au public la personnalité de ses occupant. Les éléments
secondaires sont les portes, les cloisons et les écriteaux,
organisés selon un plan draconien : la grille. L'univers
télévisuel, dont les limites ne cessent de reculer,
se voit investi par des chaînes de plus en plus nombreuses.
Aménager ses différentes zones suffit à convier
le spectateur à en visiter le contenu.
Les analogies entre l'habillage et l'architecture concernent également
l'acte créateur. Les notions d'intégration dans un
paysage, d'harmonisation, de construction viennent guider l'expression
personnelle. Point de rencontre entre technique et artistique, les
deux disciplines bénéficient d'un statut ambiguë
et instable de part ses caractéristiques et les ensembles
qu'ils regroupent.
B) Les composantes de l'habillage
La notion d'habillage regroupe un grand nombre de sous-ensembles
aux spécificités uniques. Après avoir déterminé
le fil directeur liant les éléments d'une même
famille, il convient de définir les singularités de
chaque partie.
1) L'interlude
« L'interlude se définit par une situation intermédiaire,
celle d'une pause iconique très brève, doté
d'un style spécifique, marquant une séparation entre
deux ensembles qui font partie ou non de la programmation.
Sa double appartenance à une situation interstitielle et
à un style spécifique le fait se rapprocher de l'habillage. »41
Françoise Holtz-Bonneau nous propose ici une réflexion
synthétique de ce qui est vraisemblablement la "clef
de voûte conceptuelle" de l'habillage d'antenne. Cependant,
ne nous méprenons pas. Cet interlude là, que nous
pourrions appeler "virgule" ou encore "respiration",
ne doit pas être assimilé à l'interlude d'attente,
destiné à meubler l'antenne durant une panne ou autre
interruption du faisceau. Nous pourrions assimiler la place de cet
élément dans le flot télévisuel à
la place qu'occupe un silence dans une partition. De plus en plus
usité, il serait possible d'imaginer ce "silence virtuel"
sous la forme de simples écrans blancs, noirs, ou monochromes.
Il ressemblerait simplement à ceux que l'on entrevoit entre
les publicités, chocs subliminaux destinés à
suggérer au spectateur l'idée de transition, de changement
de milieu. Ce pourrait être également un simple logo
sur un fond neutre. Il serait alors combinaison d'efficacité
visuelle et prendrait une certaine valeur hypnotique. Ce type d'interlude
est souvent utilisé dans les plages creuses des grilles de
programmation, ou en tant qu'élément central d'habillage
dans les chaînes à petit budget. Mais généralement,
sa valeur dépasse le niveau d'une simple présence
publicitaire.
L'interlude devient intéressant lorsqu'il devient captivant
et ludique à la fois, stimulation simultanée de l'œil
et de l'esprit. En effet, la place qu'il occupe entre les programmes
est l'occasion d'un dialogue ente la chaîne et son public.
Il convient donc d'aménager cet espace d'une manière
la plus créative possible, sans toutefois provoquer de distanciation
avec l'environnement. Il établit par le biais de cet emboîtement
une relation de séduction avec le spectateur, accompagnée
d'une convivialité issue de son aspect ludique. C'est un
entracte donc, paré d'élément sémiologique,
de codes ou de références. Le voile mystérieux
dont il se couvre le préserve d'une usure prématurée,
et lui permet de garder son intérêt, et sa profondeur.
Lorsque le jeu des signes n'existe plus, les règles étant
éculées, les codes forcés, l'efficacité
n'est plus et le cadeau de la chaîne devient une piètre
carte de visite : le symbole de la vétusté et
de l'immobilisme. L'interlude se nourrit de la curiosité
qu'il suscite.
Nous pourrions dire que l'interlude est l'élément
central de l'habillage télévisuel, car il n'a pas
de mission propre. Il pourrait être supprimé, remplacé
par une page de publicité. Pourtant, il est de plus en plus
présent dans les grilles. Même s'il expose le logo
de la chaîne, même s'il contient souvent un message
auto-promotionnel, il sera jugé par le spectateur sur son
contenu créatif, son originalité et son aspect ludique.
Il est le véritable fond de la chaîne, synthèse
de sa personnalité, mais aussi source créative des
autres éléments.
2) Les génériques de publicité
Le générique de publicité est l'élément
d'habillage le plus fréquemment diffusé. Il est possible
d'en dénombrer plus de quarante paires chaque jours dans
les grilles de programmes de certaines chaînes. Il a pour
utilité d'encadrer au sein des espaces interstitiels ou dans
des pauses aménagées durant les émissions un
ensemble de vidéogrammes publicitaires.
La première caractéristique de cet élément
est d'unifier un ensemble. Les séquences promotionnelles
ne pouvant être éparses dans les grilles, indépendamment
les unes des autres, le générique de publicité
vient regrouper cet ensemble, et déterminer les limites,
les marges de la "page de publicité". Plusieurs
espaces temporels sont donc rassemblés en un lieu réservé,
autonome, hermétiquement clos.
L'espace promotionnel est une interruption des programmes, créée
pour laissez place à un élément étranger.
Le générique vient préciser que la chaîne
offre une partie de son temps d'antenne, mais se dégage d'une
certaine manière de toute responsabilité concernant
cette page tournée, et la considère comme insérée,
mais non incluse dans le reste des émissions. Tout est fait
pour que le spectateur y voit un élément extérieur,
différent du reste des programmes, passage obligé
pour la chaîne qui s'excuse d'une telle nécessité.
Ainsi, le générique de publicité pourrait
être considéré comme un générique
d'interruption des programmes. Ces bornes appartiendraient à
la chaîne et indiqueraient une cessation d'émission.
Les génériques viennent alors tendre une passerelle
entre les différentes périodes d'émission propres
à la chaîne. C'est pour cela qu'ils sont généralement
regroupés par paires complémentaires et assemblables,
tentant ainsi de comprimer cet espace indésirable, d'évacuer
cette sensation de durée.
Au générique, donc, de faire oublier cette fastidieuse
période. Les outils mis à disposition sont l'originalité
et la variété. La première permettra de disposer
le spectateur à accepter cette séquence, par un aspect
créatif, attractif, volontiers guilleret, certainement optimiste.
La variété permettra de ne pas donner au spectateur
une impression de déjà vu, d'atténuer l'idée
de fréquence trop importante.
En définitive, l'enjeu du générique de télévision
est multiple. Il doit faire accepter une séquence mal vue,
mais incontournable, être convivial, mais discret, s'intégrer
et intégrer.
3) Ouvertures et fermetures d'antenne
Les vidéogrammes d'ouverture et de fermeture d'antenne
se démarquent assez nettement des autres éléments
d'habillage. Alors que les autres réalisations viennent s'immiscer
dans la zone d'interprogramme, devenant ainsi programmes interstitiels,
les génériques d'entrée et de sortie affirment
leur indépendance de tout environnement. Cette caractéristique
leur offre un statut particulier qu'il convient de définir.
Ce type de générique, nous l'avons vu, représente
la frontière, symbolise la ligne blanche entre l'existence
de la chaîne -son état d'éveil : l'émission-
et le néant télévisuel -l'absence de signal
ou la mire T.D.F.-. Il reflète en quelque sorte le schéma
d'une renaissance quotidienne de la chaîne, un effacement
du tableau noir cathodique qui laisse un espace vide et vierge.
Mais si ces génériques sont l'image du quotidien
de la télévision, que dire des chaînes qui émettent
en continu. Le "temps interne de la télévision"
devient alors infini et le canal propose un flux continu de programme,
invariable et fixe.
« La télévision, telle une horloge, [ scande
] alors le temps sans jamais s'arrêter. »42
Les génériques de coupure d'antenne n'ont alors plus
lieu d'être. Ils réapparaissent cependant sous une
autre forme.
Une chaîne ne peut s'organiser pratiquement en une plage
horaire uniforme et infinie -même si certaines, dans les domaines
de l'information en particulier, ont cette tendance-. Afin de se
fractionner en journées, un générique vient
déterminer la fin de la journée précédente
et le début de la journée débutante. Il devient
alors programme interstitiel, enclavé entre deux journées
de programmation. Il représente les douze coups de minuit,
la remise à zéro des compteurs, le renouveau quotidien.
Les chaînes accordent généralement une importance
toute particulière à ces vidéogrammes qui entourent
la totalité des programmes. Bien que peu regardés,
cet espace de création est souvent bien exploité pour
sa valeur symbolique. Il est le portail de la chaîne, où
doit s'affirmer son identité, son statut, son enjeu. Les
réalisations présentées sont une illustration
idéale du point de rencontre entre création et communication,
car il doit être représentatif tout en conservant fraîcheur,
originalité et expressivité, images d'un renouveau
quotidien.
4) Bandes-annonces
Centre de la stratégie auto-promotionnelle, la bande-annonce
est certainement la partie la plus mobile et adaptable de l'habillage.
La télévision d'aujourd'hui use et abuse de ces montages,
glissés à la moindre occasion dans les espaces de
"non-programme". Il en va de la survie de la chaîne,
face aux attitudes du téléspectateur d'aujourd'hui.
Son but est de créer un emploi du temps du spectateur, sorte
de contrat entre la chaîne et son public.
La bande-annonce présente la double particularité
d'être informative et promotionnelle. Dans une optique informative,
elle offre à la cible toutes les informations nécessaires :
horaires, date, type d'émission, contenu (du sujet traité,
jusqu'au casting selon le type d'émission). La composante
promotionnelle de ce type de programme interstitiel correspond à
un point de rencontre entre art et communication. En effet, la part
de créativité doit être importante, de manière
à transmettre une image positive et novatrice, voire l'aspect
exceptionnel du produit traité. Mais elle est limitée
par des impératifs de clarté, d'accessibilité,
de respect de charte graphique et du ton de l'émission, ce
qui la place dans la catégorie des arts appliqués43.
En tant qu'espace de création, il est possible de distinguer
deux grands types de bande-annonce : celles qui évoquent
une émission ou un film déjà enregistré,
et celles qui anticipent en présentant un direct ou un programme
non encore tourné. Les méthodes de conception diffèrent
grandement. Les premières opèrent généralement
un résumé, ou recueillent des morceaux choisis, présentés
sous forme de clip ou de montage synthétique. Le but est
de donner dans un court laps de temps le ton de l'émission.
Pour ce faire, un résumé doit être opéré,
évoquer les moments forts, sans toutefois dévoiler
les conclusions. Le montage doit également intégrer
des éléments originaux et créatifs qui donneront
son identité propre au programme : chaque bande-annonce
est unique et avide d'apports novateurs. Parfois même, afin
d'accentuer l'impact de ces réalisations et d'en supprimer
l'aspect répétitif, plusieurs propositions de montage
différentes sont diffusées. Ces remarques se révèlent
d'autant plus complexe dans les bandes-annonces de programmes non
finalisés. La base d'image étant inexistante, le concepteur
ne peut qu'utiliser des archives ou créer des images originales.
Un espace de création pur apparaît ainsi, synthèse
d'un élément inexistant qui doit lier le public à
l'émission en comblant un espace totalement vide.
Le terme de bande-annonce regroupe un certain nombre de sous-ensemble,
adoptant les principes précédemment établis,
mais organisés différemment sur le plan formel. Selon
la classification de Médiamétrie44,
il existe cinq types de bandes-annonces télévisuelles.
La bande-annonce classique (B.A.), entend une présentation
générale de l'émission, en évoquant
son titre, sa date et son horaire de diffusion, ainsi qu'un résumé
du programme. La bande-annonce sans précision de date est
une variante de cet élément (B.A.T.). Elle a pour
objectif de présenter de grands projets de la chaîne,
dont la diffusion est prévue tard dans la saison. Les bandes-annonces
blocs (B.A.C.) présentent l'intégralité ou
les moments forts de la grille d'un jour précis -le lendemain
généralement-. Les bandes-annonces présentant
l'émission suivante ou coming-next (C.N.) fixent un rendez-vous
à brève échéance. Enfin, bien que marginales,
les bandes-annonces des chaînes extérieures (B.A.E.)
se rencontrent parfois, notamment dans le cadre d'accords entre
canaux associés (service public, réseaux câblés,
actionnaires communs...). D'autres bandes-annonces existent, telles
que les communiqués extérieurs à la chaîne
(I .I.), qui présentent des servitudes publiques, ou
des actions d'associations caritatives, ou encore les bandes-annonces
d'événements extérieurs à la chaîne
et sponsorisée par elle (B.A.S.), mais par leur conception
et leur finalité, elles sortent du cadre de l'habillage d'antenne.
L'action de la bande annonce est principalement temporelle. En effet,
elle tisse une toile dans la programmation de la chaîne en
renvoyant le spectateur à différents points à
venir. L'échéance de ces voyages varie selon trois
grandeurs : le lointain, le proche avenir et l'immédiat.
Par sa forme, sa conception, sa force et sa récurrence -il
peut y en avoir quatre-vingt chaque jours-, la bande-annonce illustre
l'étendu et la prégnance du temps télévisuel.
Elle détruit la notion de présent, projetant sans
cesse le spectateur dans l'avenir. Sa position indique que l'écoute
ne suffit pas, qu'elle doit être agrémentée
de fidélité et d'assiduité.
Elle crée par sa seule présence un double paradoxe :
un paradoxe temporel d'abord, en transposant toujours plus le présent
dans l'avenir, un paradoxe formel ensuite, car en prenant de plus
en plus de place dans la grille -environ 20% du total des programmes
pour FRANCE3, 15% pour FRANCE2, 14 % pour M6 et TF1, pour un total
de 130.000 bandes-annonces sur le seul réseau hertzien !45
-, elle devient un programme considérable à elle seule.
C'est en quelque sorte un programme de non-programmation. Cette
caractéristique est confortée par les messages publicitaires
extérieurs qui se glissent de plus en plus nombreux dans
ces plages. Les annonceurs ne s'y trompent pas : le programme
en lui-même, en particulier lorsqu'il découle d'une
programmation horizontale, possède généralement
son lot de téléspectateurs fidèles, qu'il ne
s'agit plus de conquérir. Seule la constance de la qualité
de l'émission suffit à les fidéliser. La bande-annonce
est destinée à appeler de nouveaux "clients"
potentiels, à les fidéliser, au même titre qu'une
publicité. Elle agit donc comme un filet qui regroupe un
public.
La bande-annonce sans précision de date, qui annonce un
événement majeur ou un ensemble d'émissions
-championnat de sport, feuilletons, sagas de téléfilms,
série de reportages...-, agit en amont, en prédisposant
le spectateur, en nivelant un terrain plus propice à l'événement
promu. Nous pourrions dire qu'elle est la bande-annonce de la bande-annonce.
Elle peut adopter un aspect descriptif classique, sur le même
principe que les vidéogrammes d'autopromotions, ou revêtir
un aspect mystérieux ou étonnant afin de stimuler
la curiosité du téléspectateur.
En aval, en ultime recours, nous trouvons le coming-next, qui
se démarque un peu des autres types de bande-annonce. Il
est la dernière arme anti-"zapping", éradiquant
tout temps mort. Aussitôt l'émission finie, parfois
même durant le générique de fin46
-d'ailleurs souvent tronqué ou accéléré...-,
il nous interpelle, nous ordonnant de ne pas changer de chaîne
et de bien vouloir patienter, sous peine de manquer la passionnante
suite du programme. La fête n'est pas finie...
La bande-annonce extérieure est le signe d'une alliance entre
différentes chaînes. Le voyage proposé n'est
plus uniquement temporel, il devient aussi physique. Le message
vient fixer un nouveau cadre au téléspectateur :
il peut dorénavant changer de chaîne, à condition
de rester fidèle à un esprit de programmation, disponible
uniquement chez des partenaires triés sur le volet. Mais
ce type de bande-annonce est généralement empreint
d'une hypocrisie certaine, puisqu'il renie la notion de concurrence,
qui est pourtant le moteur même de l'existence de auto-promotion.
De plus, ce type de bande-annonce ne peut être considéré
comme un élément d'habillage, puisqu'il va à
l'encontre de ses principales caractéristiques, en bafouant
l'idée d'une identité propre et en sortant du cadre
des programmes interstitiels en adoptant un statut de publicité.
La bande-annonce lutte donc contre le temps, en le phagocytant,
le brouillant, en mêlant les repères du téléspectateur.
De plus en plus présent, cet élément d'habillage
devient de plus en plus agressif, insistant et criard, allant presque
jusqu'à prendre le pas sur le programme lui-même, vantant
des mérites qu'il ne possède pas toujours...
39
Françoise Holtz-Bonneau "Enjeux croisés
de la création et de la communication.", in « Arts
et technologies. », Les chemins de la recherche n°27,
Programme Rhône-Alpes, Recherche en Sciences Humaines.
40
Personne dans le sens d'entreprise se traduit par "corporate"
en anglais. Ce terme est utilisé en matière d'habillage
pour définir les éléments basiques d'identification
graphique.
41
Françoise Holtz-Bonneau, op. cit.
42
Jean-Louis Missika, Dominique Wolton, « La folle
du logis : La télévision dans les sociétés
démocratiques. », 1983, Gallimard.
43
Typologie défendue notamment par Françoise Holtz-Bonneau
dans l'ensemble de ses écrits.
44
Site Web : www.mediametrie.com, classification disponible
à l'INA. Entre parenthèses sont indiquées
les abréviations couramment utilisées dans les rapports
chiffrés.
45
Sources : Médiamétrie et Carat télévision.
46
Sur la chaîne M6 par exemple, l'écran de générique
de fin de certaines émissions est scindé en deux
parties, une proposant la liste des techniciens, l'autre le contenu
du programme suivant.
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