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V) Vision globale
de quelques habillages
A) Canal plus : le précurseur
C'est en 1994 que CANAL PLUS naît, et , avec elle, une nouvelle
approche de la télévision. Sur le modèle des
télévisions à péage américaines,
André Rousselet, avec des lourds appuis financiers et politiques,
met en place la première chaîne privée française.
Mais les enjeux sont importants : cette télévision
doit non seulement être regardée, mais aussi vendue
aux téléspectateurs.
Pierre Lescure, l'actuel président directeur général
de CANAL+, alors directeur des programmes, se charge de concocter
une grille riche, pluridisciplinaire et onéreuse. Mais le
problème qu'il se pose, et qu'il s'est déjà
posé en tant que producteur de l'émission culte « Les
enfants du Rock », sur Antenne2, est celui du cloisonnement
des périodes temporelles au sein des programmes. La réponse
est simple : il suffit d'envisager la chaîne dans sa
globalité, envisagée comme une longue émission
quotidienne. L'affaire est alors lancée, et Lescure appelle
son complice d'Antenne2, Etienne Robial, lui demandant d'habiller
la chaîne avec un ensemble de vestes et de pantalons interchangeables,
mot anecdotique qui fit, nous l'avons vu, florès.
Né à Rouen en 1947, Etienne Robial est aujourd'hui
l'un des graphistes français les plus reconnus. Lors de ses
études, à l'école des Beaux-Arts de sa ville,
il décroche le prix de premier lauréat de France avec
un petit livre sur les dominos. En 1968, pour avoir mis en page
un journal engagé « L'enragé »,
il fait un mois de prison, ce qui le pousse par la suite à
gagner la Suisse, où il rentre dans une école de graphisme
pour se perfectionner. Refusant, à son retour, le poste de
directeur artistique du grand magasin parisien « Le Printemps »,
il se consacre au design de pochettes de disques et à la
création de numéro 0 de magasines, dans un style pur
et déjà affirmé. En 1972, il fonde la librairie
devenue maison d'édition de bandes-dessinées FUTUROPOLIS67,
et rencontre ainsi le passionné de ligne claire qu'est Lescure.
Après lui avoir fait designer les génériques
et les virgules des « Enfants du Rock », le
jeune responsable d'antenne lui propose de devenir directeur artistique
de CANAL+, et crée ainsi l'habillage de la chaîne.
Peu de temps après, il fonde avec le réalisateur Mathias
Ledoux, qui l'épaule techniquement, la société
ON/OFF, qui entretient l'habillage de la chaîne cryptée,
et produit ceux de La Sept, et de M6.
En terme d'esthétique, Etienne Robial a une passion pour
la bande-dessinée, mais aussi, et surtout pour le Bauhaus
de Gropius, l'abstraction géométrique de Mondrian,
et l'avant-garde russe des années 20, de Rodchenko à
Malevitch. En matière de couleur, le graphiste ne jure que
par le traité des couleurs énoncé par Goethe
dans « Les affinités électives »68.
L'ensemble de ces références influence de manière
très sensible ses choix artistiques en matière d'habillage.69
Après seize années d'existence, l'habillage de CANAL+
n'a pas souvent changé. Seules deux révolutions de
l'univers graphique de la chaîne ont été réalisées.
Le premier habillage, grand précurseur, référence
absolue en matière d'efficacité et de durée,
a vécu dix ans, -un record, difficilement égalable-.
L'ellipse rotative, référence encore présente
dans les esprits, faisait figure d'élément corporate
central.
« Pour suggérer que la chaîne diffuse 24
heures sur 24. CANAL+ sera une chaîne dynamique, où
l'on cultive le sens de l'information, et le sens pratique. »
Le fond noir, caractéristique de la chaîne, atteignait
par sa sobriété et son universalité une efficacité
exemplaire.
« Il fallait signifier discrètement que CANAL
était privée, réservée à des
privilégiés. Et en n'employant surtout pas la vulgarité
de ces éclairages rouges et jaunes dont abusent les chaînes
du service public pour faire croire que les bienheureux animateurs
sont toujours bronzés... En plus, le noir permet de bien
mettre en relief les génériques qui suivent. »70
La puissance de ce premier habillage, CANAL+ la doit à son
faible pouvoir de fixation. Jouant avec l'inconscient, il se contente
de communiquer une ambiance sans appeler à l'analyse d'une
situation. Flash quasi-subliminal, vision ascétique, nous
le voyons comme nous apercevons un panneau signalétique à
l'entrée d'une ville, furtivement.
« Tchacatchac, c'est du sport, c'est du football, c'est
tout de suite et ça dure dix secondes. A la même époque,
sur les autres chaînes, les génériques font
une minute et demi. »71
Linéaire, il n'intègre qu'une seule police de caractère :
la Futura Bold, des plus classique. Une sobriété monacale
pour une efficacité militaire... L'illustration sonore est
très épurée également : des voix
chantées, des carillons, des basses sourdes pour une musique
abstraite, qui s'adresse à l'esprit sans traverser la conscience72.
Le deuxième habillage, lancé en 1994, marque un
changement d'étiquette, mais pas de philosophie. Nous passons
alors du suprématisme à l'abstraction géométrique,
avec un clignotement de damier noir et blanc agrémenté
de plages colorées uniformes, sorte de composition de Mondrian
animée. Robial et son collègue Ledoux ont envisagé
un jeu de construction, avec quatre-vingt dix-huit combinaisons
possibles, pour quarante fenêtres différentes. Autre
révolution : le fond noir passe au blanc. Mais point
de folie : la palette ne contient que six couleurs primaires.
En terme d'illustration sonore, le produit est aussi un modèle
du genre : il installe une ambiance irréelle, inchantable,
mais immédiatement reconnaissable fait de percussions tribales,
de voix étranges et de chants d'oiseaux.
Le dernier habillage en date n'a qu'un an. Pour celui-ci, l'équipe
de ON/OFF a choisi de faire évoluer la conception graphique
vers un environnement plus organique. Sur une grille toujours aussi
stricte et rigide sont placées des croix et des lignes dessinées
manuellement, vibrantes, sur un fond à l'aspect de paille
japonaise. Le même clignotement que l'habillage précédent
se retrouve. Est-ce simplement un habillage toujours aussi sobre,
mais légèrement déstructuré ? Pas
seulement. Dans sa dernière création, Etienne Robial
introduit un élément d'importance qui avait déjà
été utilisé dans les émissions, et en
particulier les "talk-shows" de la chaîne :
le "technique-in". Ce terme anglo-saxon désigne
en télévision le fait d'introduire à l'antenne,
dans les cadres et les décors, des éléments
techniques (projecteurs visibles, prises de vues en régie,
plan d'ensembles du plateau,... ). Ce genre de parti pris, décalé,
donnant un sentiment de transparence, Robial l'introduit dans son
habillage, en perçant des fenêtres dans son fond obstruant
et bidimensionnel, pour nous montrer l'envers du décor, ou
plutôt le dessous de la toile. C'est ainsi que des parties
du visage des commentateurs "off" apparaissent dans les
bandes-annonces. Voyons également dans cette tentative un
semblant de retour à la speakerine, symbole d'autant plus
"branché" qu'il est nettement classé "kitsch"
aujourd'hui. N'est-ce point légitime sur la chaîne
de la transgression ?
Pour des raisons historiques et esthétiques, l'habillage
de CANAL+ est aujourd'hui une référence. Il est vrai
que son efficacité a fait ses preuves, d'autant que l'enjeu
commercial était d'importance : il portait la charge
de drainer le public du clair vers le paradis payant du crypté.
Sans adopter l'aspect vulgaire d'un martelage publicitaire, il a
su codifier et transmettre l'esprit de la chaîne, le fameux
"esprit CANAL" qu'envie tant la concurrence. Cependant,
en matière d'esthétique, n'est-il point trop aseptisé,
trop strict, parfois trop conceptuel ? En posant les bases
d'une communication épurée, il concilie mutisme et
décalage, semblant cacher mystérieusement un secret,
dont on peut se demander s'il existe. Alors, "chic" ou
"toc" ? La réponse est laissée à
l'appréciation de chacun, retenons simplement qu'il colle
parfaitement à l'image de la chaîne.
B) Arte : l'utopiste
Arte naît sur les écrans le 30 mai 199273,
avec un double objectif : d'une part créer une chaîne
culturelle, et d'autre part associer les talents audiovisuels français
et allemands dans l'optique d'une vision européenne. Sur
les cendres de La Sept naquit donc l'archétype par excellence
de la chaîne pluri-culturelle. En matière d'habillage,
il s'agissait d'offrir un écrin digne et approprié
à cette célébration continuelle de la création
artistique, du savoir et de la réflexion. Et comme pour CANAL+,
il y a une légende...
La scène se déroule lors d'une nuit de 1992, un
mois avant l'ouverture d'antenne de la chaîne. Dans une chambre
d'hotel, Hélène Guettary, fille de Georges, le célèbre
prince de l'opérette, plasticienne, photographe et cinéaste,
gamberge, en compagnie du futur directeur des programmes, Alain
Maneval. Ensemble, ils doivent imaginer, à la suite de Philippe
Truffaut qui s'occupa de l'aspect de La Sept, le concept de l'habillage
d'Arte. Mais rien ne vient. Puis soudain, la fatigue aidant, l'artiste
imagine des silhouettes se contorsionnant pour former un logo, des
jumelles annonciatrices du temps qui passe, des obèses vêtus
de rose communiquant par signe, et surtout les célébrissimes
moutons jouant à saute-moutons de la fin de programme. De
cette vision sensible et poétique est né le premier
habillage d'Arte.
Dès lors, la direction des programmes de la chaîne,
face au succès de l'environnement graphique74,
décide d'ouvrir son habillage à l'expression artistique,
avec pour souci constant un triple enjeu : donner à
la chaîne la popularité dont elle a besoin, être
le lieu d'expression d'une culture européenne, puis vulgariser
dans une certaine mesure des formes d'expression artistiques contemporaines.
Afin de pratiquer cette ouverture, Arte intègre un concept
de charte graphique particulièrement souple. L'homogénéisation
de l'antenne est assurée par l'introduction de divers génériques
corporates annonçant les grands thèmes développés.
Ces génériques filmés, riches en éléments
symboliques, aident, selon la direction d'antenne, à la fidélisation
des téléspectateurs. De plus, de nombreuses émissions
courtes, hybrides, font office à la fois de programme de
contenu et d'habillage d'antenne. Cela permet d'introduire de sympathiques
personnages récurrents, tels Jean Abeillé75,
ou les "three grammies on a sofa"76
-Dorothée, Simone et Denise en français-, sorte de
substitue à la speakerine. Comme le précise Fabio
Purino, coordinateur artistique de la chaîne, responsable
de la promotion et de l'habillage, ces protagonistes sont
« autant de familiers qui transmettent, au nom de la
chaîne, des principes d'universalité, d'autodérision,
d'humour et d'émotion. »
Mais le grand plus de l'habillage d'Arte réside dans son
"open-space", dans la place qu'elle réserve aux
créateurs indépendants. Ainsi, bandes-annonces et
habillages de soirées spéciales sont l'occasion de
créer une nouvelle conception graphique, un nouveau design
liant au mieux l'esprit de la chaîne au sujet quelle développe.
Dans cette nouvelle conception de l'interface, l'élément
corporate réside dans l'esprit de la réalisation,
confiée à un artiste -vidéaste, metteur en
scène, graphiste, chorégraphe, plasticien,...-, sous
la direction du directeur d'antenne. Ainsi, après huit années
d'existence, la chaîne a pu produire plusieurs centaines de
créations originales, et se couvrir de nombreuses récompenses
lors des festivals.
Mélange des cultures et mélange des priorités.
Arte a su s'ouvrir à la création sans négliger
la communication. De ce fait, chaque tenue de soirée dont
elle se pare est l'œuvre unique d'un couturier, merveilleuse
et éphémère. Cette cour de (ré)création
télévisuelle serait-elle l'expression d'un habillage
idéal ? Même si le plaisir qu'elle offre au spectateur
est grand, il semble que l'unité graphique de la chaîne
puisse souffrir d'une telle conception. Homogénéiser
par la démarche et le sens n'est pas une démarche
consensuelle, et nombreux sont ceux qui pensent que le programme
en perd sont esprit. Néanmoins, sur Arte, l'habillage devient
un art, et non plus une technique. Et le créateur y dispose
d'un atelier de luxe77.
C) Les chaînes du service public : des clients difficiles
Ce n'est qu'en 1992 que les chaînes généralistes
du service public, FRANCE2 et FRANCE3 rescapées de la télévision
d'antan, décidèrent de se doter d'un habillage. Profitant
de la création de la société fusionnelle FRANCE
TELEVISION, l'idée d'une charte graphique commune déclinée
selon deux points de vue fut proposée. La société
Gédéon, dirigée par Gilles Gallud, prendra
en charge ce premier projet, et l'ensemble des propositions suivantes.
Le cahier des charges, après la création des deux
nouveaux noms, était simple : insister sur l'union et
la complémentarité de deux associés, tout en
soulignant les différentes priorités et les caractéristiques
propres à chaque chaîne. Après avoir « psychanalysé »
ses deux clients frères siamois, l'équipe de Gédéon
propose un habillage double. Deux logos complémentaires pouvant
s'unir pour former celui de FRANCE TELEVISION, sont imaginés.
Les autres éléments graphiques possèdent quant
à eux une charte graphique commune, conservant les couleurs
rouge pour FRANCE2 et bleu pour FRANCE3 -héritées
d'Antenne 2 et FR3-, dans laquelle seules les grilles de positionnement
et les images de remplissage différent. Ainsi, l'écran
de FRANCE2 sera scindé en deux parties indépendantes
dans le sens de la hauteur, et celui de FRANCE3 en trois bandes
horizontales. Les images d'illustration de la 2 évoquent
la diversité humaine au travers de nombreux personnages hauts
en couleur, alors que celles de la troisième chaîne
proposent des paysages, ou des activités humaines, comme
une pittoresque carte postale. Cet habillage très "print"
et sobre fut le remède miracle du service public, puisqu'à
lui seul, il permit en moins de trois mois d'augmenter de manière
conséquente le taux d'audience. Mais, des effets secondaires
se firent sentir.
Si FRANCE3, en huit ans, n'a pratiquement pas modifié son
habillage, FRANCE2, victime de l'instabilité de sa direction
et de l'excès de confiance qu'accordent ses directeur d'antenne
à l'habillage, a vu se succéder de très nombreuses
variantes. Après avoir observé « des gens
qui s'agitent dans le cadre en couleur et en musique »78,
nous avons pu apercevoir, entre autres, des danseurs osant le franchissement
de la limite des deux cadres79,
puis des saynètes -absconses diront certains- évoquant
le quotidien d'étranges personnages. Cette inconstance dans
l'habillage illustre bien le mal qu'éprouve la chaîne
à se définir, à déterminer précisément
son champs d'action et son rapport avec le public. Sans identité,
l'habillage n'est plus qu'une fleur à la boutonnière
d'un amnésique80.
Est-il possible, dans de telles conditions d'habiller le service
public ? La réponse est difficile à donner, et
l'exemple de La Cinquième n'est pas des plus rassurant. En
proposant un habillage d'une sobriété et d'une loquacité
exemplaire, La Cinquième avait, peu après sa création,
réussi à imposer sa personnalité. Son concept
de base, élaboré par le réalisateur Philippe
Lallement, était d'inscrire le logo circulaire dans une loupe,
et de le faire se mouvoir sur l'écran. Elément sémiologique
pur, la loupe évoque la recherche et la connaissance. Placé
sur un fond blanc pour évoquer la caractéristique
diurne81
de la chaîne, les animations sont variées, presque
chorégraphiques et permettent d'obtenir une certaine originalité.
Sans être la référence absolue, cet habillage
paraît clair, économique, et suffisamment efficace.
Il a toutefois été remplacé en 1999, à
l'heure d'un changement de direction, par des animations polyglottes
bigarrées, -de fort mauvais goût selon moi-, censées
évoquer au travers de clichés -gondoles pour l'Italie,
flamenco pour l'Espagne,...- la diversité des cultures européennes.
On est ici bien loin de la grande sœur Arte.
Le mal du service public dépasse largement le cadre de l'habillage.
C'est un pur problème d'identité, et d'instabilité.
Liés aux politiques gouvernementales, les décisions
des directeurs de chaîne ne possèdent pas l'indépendance
que leur média mériterait. Et le public en souffre.
Comment dans de telles conditions concevoir une interface graphique
convaincante ?
D) TF1 : un colosse difficile à habiller
En tant que chaîne généraliste et grand public,
TF1 a choisi de se doter d'un habillage neutre et consensuel. La
recette semble simple, et pourtant, malgré la constitution
d'équipes complètes, et le déblocage de budgets
conséquents, la mise en place d'une charte homogénéisant
la globalité de l'antenne n'a jamais pu véritablement
se réaliser.
Dès sa privatisation, en 1986, TF1 a cherché à
développer une communication graphique complète et
cohérente, suivant le modèle de CANAL+. C'est ainsi
qu'elle fit appel à la société Gédéon,
qui lui concocta un habillage très vivant, qui servira de
modèle aux chaînes du service public -serait-ce une
volonté d'harmonisation du PAF ? -. Des scènes
émouvantes, attendrissantes, ou comiques, toujours rafraîchissantes
furent proposées en guise de générique de publicité,
d'ailleurs très nombreux sur la chaîne. Les éléments
récurrents de bande-annonce, et les clips d'autopromotion
ont, au fil des habillages, souvent évolué, hésitant
entre une salutaire sobriété et une grandiloquente
complexité. Ainsi, TF1 n'a jamais fixé de design définitif,
faisant évoluer son visage au fil des ans, en fonction de
ses politiques de programmation.
Pour marquer le millénaire, dans la continuité d'une
grande opération commerciale appelée "millénium",
le directeur d'antenne Xavier Couture et le directeur artistique
Franck Firmin-Guyon -un ancien créateur d'habillage pour
Arte- ont changé de partenaire, préférant dorénavant
travailler avec l'agence View -fondée par d'anciens
membres de Gédéon-. Un habillage plus actuel, devait
être conçu, avec une ligne de communication claire,
bâtie autour du thème des nouvelles technologies. Christophe
Valdejo, directeur de création de l'agence, met donc en place
une charte globale, basée sur l'utilisation d'une imagerie
3D, et inspirée des créations de l'artiste contemporain
Jeffrey Shaw. Censée donner un aspect futuriste82,
l'animation des titres -écrits dans une police des plus sobre83-
sur un fond unis noir ou blanc devait communiquer le véritable
esprit de la chaîne, ou du moins, actualiser son image. Pourtant,
démodé avant l'heure, sa trop grande neutralité
le rend insipide et transparent. La technologie complexe, dont l'habillage
a nécessité l'emploi, ne remplace pas le sens et la
profondeur qui lui font défaut.
Le véritable problème de TF1 en matière de
communication, ne réside pas seulement dans l'aspect de son
habillage, mais aussi dans la forme de sa grille. En proposant une
foule de programmes courts, indépendants et sponsorisés,
le terrain de la "Une" devient une féerie publicitaire,
si bien que parfois, -dans les tunnels de la mi-journée ou
de l'access-prime-time notamment-, il est difficile de savoir si
les génériques de publicité initient ou concluent
une page promotionnelle... Quelle peut être alors, dans un
tel environnement la place de l'habillage et des éléments
d'autopromotion ?
Nous pouvons lire dans un article plutôt laudatif 84
« Christophe Valdejo emploi une métaphore, celle
de "la remontée des Champs-Élysées"
où l'on ne peut aller que de l'avant, sollicité en
permanence par la diversité des enseignes des magasins et
autres publicités. Contemporanéité, continuité,
diversité : les valeurs sur lesquelles la chaîne
souhaite communiquer sont bien présentes. »
Il conviendrait d'y ajouter "publicité"...
E) M6 : petite taille
La modestie est une valeur de référence sur la sixième
chaîne. Apparue le 1er mars 1987, elle chercha dès
son premier jour d'émission à atténuer tout
rapport concurrentiel, en se démarquant par sa spécialité,
la musique, et en soulignant la discrétion de ses moyens.
L'habillage de la chaîne fut confié à l'incontournable
Etienne Robial, avec un enjeu tout particulier, comme le précise
Mike Le Bas 85:
« L'habillage a beaucoup compté pour M6 depuis
10 ans, car nous avions au début très peu de moyens
en terme de programmes. Comme toute nouvelle chaîne commerciale
privée qui démarre, elle a commencé par diffuser
des produits achetés. Donc, peu de production propre qui
est LA solution incontournable pour donner sa personnalité
à une chaîne. »
L'idée, d'une grande inventivité, consista à
définir une règle graphique simple : un fond
uni, un logo, agrémentés d'un jeu sur le son et de
quelques mouvements. ON/OFF mit donc en place, à partir de
ce principe, un jeu de construction très simple, mais ouvrant
sur un champ d'adaptation très ample. Des milliers de bandes-annonces,
de génériques et d'éléments autopromotionnels
furent donc conçus, avec une pureté et une modestie
exemplaires. Depuis début 2000, M6 a introduit des animations
de compositing simulant une animation tridimensionnelle pour annoncer
la création d'un site web. Sans transgresser son idéal
d'ascétisme, elle suit de loin les grandes tendances de la
concurrence.
En définitive, ce type de conception semble efficace et
simple à appliquer. Mais un tel procédé ne
peut convenir qu'à une chaîne de petite dimension,
sans intention d'évolution. M6, bien qu'ayant aujourd'hui
son public, restera-t-elle toujours « la petite chaîne
qui monte »86,
en bordure du PAF ?
F) L'univers du câble et du satellite : du sur-mesures
où tout est possible
Avec le développement des technologies de diffusion et la
baisse des coûts du matériel broadcast, l'univers télévisuel
s'est véritablement métamorphosé ces dix dernières
années. Des dizaines de chaînes spécialisées
ont envahi les ondes, toujours plus nombreuses, dans un univers
concurrentiel sans merci.
L'habillage prend évidemment une importance capitale dans
les stratégies de communication de ces petites structures.
Même si l'offre de programmes spécifiques vers un public
ciblé est le facteur premier de promotion, l'habillage permet
une présentation attractive du programme, autorisant la chaîne
de se faire remarquer dans cet océan télévisuel.
Il est moins complexe de créer un habillage pour une chaîne
spécialisée que pour une chaîne généraliste.
L'unité et la cohérence du programme n'étant
pas à souligner, il s'agit simplement d'annoncer le contenu
au travers d'éléments symboliques, puis d'organiser
judicieusement la répartition de l'antenne. Cependant, la
création d'un environnement évocateur et simple, avec
des moyens extrêmement restreints, dans des délais
records, est véritablement une affaire de spécialistes.
Une séance de "zapping" sur les programmes satellites
ou câblés permet de se rendre compte d'une uniformité,
et d'un manque d'innovation en matière d'habillage. Il est
compréhensible que les impératifs économiques
entravent tout élan créatif, au profit d'une efficacité
rodée. Il est pourtant probable qu'une vision décalée
et originale, une rupture du rythme conventionnel, permette à
un programme d'émerger. L'avenir appartient-il à ceux
qui osent ?
67
Qui a édité de grands auteurs tels Baudouin, Tardi,
Baudouin, Montellier ou encore Bilal.
68
Johann Wolfgang Goethe, « Les affinités électives »,
rédigé en 1809, disponible entre autres collections,
chez Gallimard collection Folio.
69
Eléments biographiques issus des articles de Fabienne Pascaud,
« L'enlumineur allumé », in
Télérama n°2265 du 9 juin 1993, page 80, et
de Thierry Wetzel « Etienne Robial »,
in Le technicien Film et Vidéo n°439, daté du
15 octobre 1994.
70
Propos de Etienne Robial, recueillis par Fabienne Pascaud.
71
Emission « TV+ », édition
spéciale consacrée à l'habillage, Canal+,
1998.
72
Confiée au designers sonores Philippe Eidel et Arnaud Devos.
73
Pour des éléments plus complets, consulter le site
officiel de la chaîne www.arte.com.
74
Lorsque en 1995, l'habillage d'Hélène Guettary est
remplacé par une proposition de la très rigoureuse
agence Anglaise Lambie & Nairn, des lettres, et même
des pétitions affluent dans la boîte aux lettres
strasbourgeoise !
75
L'ancêtre des Deschiens, issue de l'imagination de Philippe
Truffaut à l'époque de La Sept.
76
Imaginées par Franck Firmin-Guyon et Patrick Reicher.
77
Merci à Monsieur Henri L'Hostis, responsable de l'Antenne,
pour son aimable aide.
78
Gilles Gallud, interrogé par Marie-Pierre Guiard « Habillage
des chaînes télé », in Etapes
Graphiques, Juillet/Aout 1995.
79
Sur une chorégraphie de Philippe Découflé.
80
Selon une expression de Claude Chabrol.
81
La Cinquième ne diffuse sur les canaux hertzien que de
7 heures à 19 heures, avant de céder sa place à
Arte.
82
Notons que le "ride" de l'artiste Jeffrey Shaw dont
l'habillage s'inspire, intitulé "The legible city"
a été proposé il y a près de dix ans,
ce qui est relativement long dans ce domaine
83
Eurostyle Bold Extended 2
84
Article de Dominique Moulon, « TF1 fait peau neuve »,
in Studio Multimédia n°20 du 20 fevrier 2000.
85
Directeur adjoint des programmes de M6
86
Selon le slogan autopromotionnel.
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